Pour cela, BYD a créé deux labels premium de toutes pièces : Yangwang et Denza. Des caractères totalement différents, mais bâtis sur la même base technique délirante. La question : peuvent-ils tenir la promesse premium, ou est-ce du porno de showroom sans la finition pour concrétiser le tout ?
Yangwang : quand les tout-terrains apprennent à flotter et à pivoter
Yangwang a été lancé en novembre 2022 comme vaisseau amiral ultra-premium de BYD. Leur mission selon le communiqué de presse ? « Créer des voitures de rêve inédites pour les pionniers. » Ce que nous avons vu était inédit — c'est vrai. Que ce soient des voitures de rêve dépend du degré de folie de vos rêves.
La philosophie de design s'appelle « Time Gate », inspirée par l'énergie cosmique et les anciens caractères chinois pour l'électricité (电). Ça sonne mystique, ça a l'air futuriste, mais sous cet emballage de science-fiction se cachent de pures machines de force brute.
Le Yangwang U8 : Tank meets Range Rover
On l'a déjà vu drifter sur des dunes de sable (voir article précédent), mais le Yangwang U8 mérite un coup de projecteur. Ce n'est pas un SUV premium qui peut faire du tout-terrain — c'est une bête de franchissement qui offre aussi du luxe, par la bande.
Rien que les specs sont absurdes :
880 kW (1.200 ch), 1.280 Nm de couple, 0-100 km/h en 3,6 secondes. Oui, vous lisez bien : un tout-terrain de 3,5 tonnes qui sprinte plus vite que la plupart des hot hatches. Le BMW X5 M Competition (3,9 s) a soudain l'air bien docile à côté.
Mais ce n'est pas par les performances que le U8 impressionne le plus. Ce sont les party tricks rendus possibles par le e4 Platform et le système hydraulique DiSus-P :
- Tank Turns : rotation à 360° sur place. Pratique dans un parking étroit, spectaculaire sur un chemin forestier boueux, complètement idiot dans une allée. Mais ça marche.
- Water Wading : profondeur de gué de 1.000 mm, plus un mode « emergency floating ». Oui, le U8 peut flotter. Temporairement, s'entend — ce n'est pas un véhicule amphibie, mais pour traverser une rivière en expédition ? C'est réglé.
- Chiffres tout-terrain : garde au sol de 285 mm (réglable sur 150 mm), angle d'approche de 36,5°, angle de départ de 35,4°. Pour comparaison : un Land Rover Defender 110 affiche respectivement 291 mm, 38° et 40°. Le U8 n'est donc pas loin, même si le Defender reste légèrement plus capable sur le papier.
À l'intérieur ? Cuir Nappa, système audio Dynaudio à 22 haut-parleurs, et oui, un car refrigerator. Parce qu'après avoir traversé une rivière, on a évidemment envie d'une bière bien fraîche.
Le prix : ¥1.098.000 en Chine, soit environ €140.000. Cela positionne le U8 entre le Range Rover (à partir de €130.000) et le Mercedes Classe G (à partir de €150.000). La grande différence ? Ces icônes allemandes ont des décennies de patrimoine, de réseaux de concessionnaires et de fiabilité prouvée derrière elles. Yangwang a… des specs et un show.
Bémol : nous n'avons encore vu aucun test tout-terrain indépendant (Euro NCAP, ADAC) ni de données de fiabilité à long terme. Acheter, c'est donc parier sur l'ingénierie chinoise — avec peu de filet de sécurité si ça tourne mal.
Le Yangwang U7 : berline aux ambitions de supercar
Si le U8 est la réponse de BYD à la Classe G, le Yangwang U7 est leur attaque contre la Porsche Taycan et la Mercedes EQS.
Specs :
1.300 ch, 0-100 km/h en 2,9 secondes. On est en territoire Taycan Turbo S (2,8 s). Le coefficient de traînée de 0,195 Cd (à 120 km/h) est remarquable — pour contexte : la Mercedes EQS affiche 0,20 Cd, la Taycan 0,22 Cd. Cette aéro est cruciale pour l'autonomie, même si ces chiffres restent des données constructeur.
Le point fort technique, c'est le DiSus-Z Intelligent Electromagnetic Body Control System — le premier système de contrôle électromagnétique de carrosserie au monde capable de direction verticale électrique. Le système effectue des centaines d'ajustements en 5 millisecondes, lisse les bosses et stabilise la voiture en cas de crevaison à 160 km/h. Impressionnant sur le papier, même si nous attendons des tests indépendants pour voir si ça fonctionne comme promis dans la pratique.
Party tricks ? Le U7 peut « danser sur la musique », bouger à distance via votre téléphone, glisser latéralement et pivoter sur place. Utile ? Discutable. Cool ? Absolument.
Objection pratique : disponible en VE et PHEV, mais les specs concernant le volume de coffre, l'intérieur pratique et l'autonomie manquent. Pour une berline de cette classe, on attend au minimum 400 L de coffre et 500+ km d'autonomie réelle. Sans ces données, on reste dans le flou.
Denza : le premium sans le cirque
Après les excès de Yangwang, BYD passe au luxe raffiné avec Denza. Là où Yangwang hurle, Denza chuchote — du moins, c'est l'intention.
Le Denza Z9 GT : l'élégance sur roues (dixit BYD)
Le Denza Z9 GT a été dessiné sous la direction de Wolfgang Egger (ex-Audi, ex-Alfa Romeo), et ça se voit. La philosophie de design ? « Soie fluide » et « proportions dorées ». Le résultat est un GT élancé au profil surbaissé.
Technique :
Construit sur le e3 Platform exclusif à Denza, avec trois moteurs indépendants et une direction arrière indépendante à double moteur. La version VE sprinte en 3,4 secondes jusqu'à 100 km/h — plus rapide qu'une BMW i4 M50 (3,9 s), comparable à une Tesla Model S (3,2 s).
Intérieur :
Grâce à la structure Cell-to-Body (CTB) du e3 Platform, le plancher est entièrement plat, et l'habitacle gagne 15 mm d'espace vertical supplémentaire. Le résultat ? Un espace digne d'une limousine dans une carrosserie de GT. Le Z9 GT reçoit la suspension pneumatique DiSus-A pour le confort.
Mais :
Comment cet « espace limousine » se ressent-il vraiment ? Quelle est la qualité des matériaux et de l'assemblage ? Comment se positionne-t-il face à une Audi A7 ou une Porsche Panamera en termes de dynamique de conduite et de raffinement ? Ce sont les questions qui restent en suspens — les specs, c'est une chose, l'expérience de conduite en est une autre.
Le Denza B5 : SUV pour ceux qui doivent vraiment tracter
Pour ceux qui préfèrent un SUV, on attend le Denza B5 — un « SUV tout-terrain hardcore » capable d'affronter la ville comme la nature sauvage.
Specs :
Hybride rechargeable (PHEV), 425 kW, 760 Nm, 0-100 km/h en 4,8 secondes. Autonomie combinée NEDC de 920 km (dont 100 km en électrique). Les chiffres NEDC sont notoirement optimistes — en pratique, comptez plutôt 70-80 km en électrique et 700-800 km au total. Capacité de remorquage : 2,5 tonnes, ce qui est sérieux pour un PHEV.
Comparaison :
Un Land Rover Defender PHEV (P400e) tracte jusqu'à 3 tonnes, développe 404 ch et sprinte en 5,6 secondes. Le B5 est plus rapide et offre plus de puissance, mais reste en retrait côté remorquage. Pour un usage familial (caravane, remorque de bateau), 2,5 tonnes suffisent souvent — pour les remorques de chantier lourdes, non.
Le verdict : du spectacle ou du concret ?
La diversification de BYD avec Yangwang et Denza montre qu'ils ne connaissent plus de limites technologiques — Blade Batteries, systèmes DiSus, plateformes 1200V, tout y est. Les specs sont délirantes, les fonctionnalités dignes de la science-fiction, et les prix (en Chine) sont inférieurs à ceux des rivaux européens.
Mais voici les questions critiques :
- Finition : la qualité des matériaux et la précision d'assemblage atteignent-elles le niveau de Mercedes, BMW, Audi ? BYD a prouvé qu'il pouvait produire en volume, mais le premium est un autre jeu.
- Réseau de concessionnaires : Yangwang et Denza sont à peine représentés en Europe. Si vous achetez un U8 ou un Z9 GT, vous dépendez d'une poignée de distributeurs — l'après-vente reste un point d'interrogation.
- Fiabilité : ces marques n'existent que depuis 2-3 ans. Pas de données de fiabilité à long terme, pas de tests Euro NCAP, pas de rapports ADAC. Vous achetez sur la base de promesses.
- Pratique vs. Specs : ces 580 km d'autonomie WLTP, 1.000 mm de profondeur de gué, 2,9 s au sprint — tout cela, ce sont des données constructeur. Comment se comportent-ils lors des hivers belges, sur les autoroutes européennes, au quotidien ?
À qui s'adressent ces voitures ?
Aux early adopters prêts à parier sur la tech chinoise, qui veulent se démarquer et qui acceptent le risque en matière d'entretien et de dépréciation. Pour ceux qui veulent un choix premium sûr et éprouvé ? Restez du côté de la garde allemande — au moins jusqu'à ce que Yangwang et Denza aient fait leurs preuves.
La Chine n'est plus le pays des voitures bon marché. C'est le berceau d'un luxe porté par la technologie — reste à savoir si ce luxe se ressent aussi comme du luxe.
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