Euro NCAP, l'ADAC, les Suédois de Trafikverket et les Américains de l'IIHS ont passé au crible la sécurité des remorques de poids lourds en cas de collision. Leur verdict est sans appel : ces engins sont mortellement dangereux. Même si votre voiture est bardée de systèmes de sécurité jusqu'au toit…
Aveugle comme une taupe
Selon l'ADAC, le problème se situe à deux niveaux, et c'est bien là le piège. D'abord, l'électronique : les systèmes de freinage d'urgence de votre voiture ne parviennent pas toujours à identifier un poids lourd pour ce qu'il est. Face à la cible de test standard en laboratoire, aucun souci. Mais transposez l'exercice sur la voie publique, et les capteurs y voient nettement moins clair. Les versions plus anciennes des systèmes de freinage d'urgence, en particulier, n'ont souvent aucune idée que le véhicule fonce à pleine allure vers une remorque de poids lourd à l'arrêt.

Et quand l'électronique faillit, ou que le conducteur freine tout simplement trop tard, c'est la protection anti-encastrement de la remorque qui doit éviter le pire : une barre métallique suspendue à l'arrière. En théorie, elle retient votre voiture pour que la zone de déformation puisse faire son travail. En pratique, ça ne s'est pas passé aussi bien. Euro NCAP a lancé l'une des voitures les plus sûres d'Europe (la Tesla Model 3) contre deux remorques européennes courantes, construites selon la dernière norme UN ECE R58.03. Les conclusions sont terrifiantes…
Comme un ouvre-boîte dans une conserve
Chez HORIBA MIRA en Angleterre, la voiture de test a percuté l'arrière d'une remorque Schmitz Cargobull à 56 km/h. La barre de protection a offert à peu près autant de résistance qu'un moustique face à un camion : le plancher de chargement a tranché le compartiment passagers, arraché le flanc de la voiture et infligé au mannequin des blessures fatales au cou et à la tête. À l'ADAC en Allemagne, le même exercice a été répété avec une remorque Krone, cette fois avec un recouvrement de 75 pour cent. Résultat : la barre anti-encastrement a cédé, et toute protection pour le conducteur ou le passager a volé en éclats. Deux marques différentes, deux fois le même scénario. La Tesla elle-même, avec ses zones de déformation parfaitement conçues, n'a tout simplement pas eu l'occasion de faire son travail. En d'autres termes, la norme européenne actuelle R58.03 est belle sur le papier, mais insuffisante sur la route.
Le plus frustrant selon Euro NCAP ? La solution existe depuis longtemps, et pas en Europe. Aux États-Unis, on a testé exactement la même voiture avec exactement le même impact, mais contre une remorque conforme à la norme volontaire IIHS TOUGHGUARD. Résultat : les zones de déformation de la voiture ont enfin pu jouer le rôle pour lequel elles ont été conçues, et les occupants ont été épargnés. Depuis l'introduction de cette norme en 2017, environ 70 pour cent des nouvelles remorques américaines en sont équipées. En Europe et au Royaume-Uni, cette même protection ne nécessiterait que quelques renforts de tôle supplémentaires. Euro NCAP appelle donc l'UE et le Royaume-Uni à revoir d'urgence la réglementation sur le modèle américain, et demande aux constructeurs et gestionnaires de flottes de ne pas attendre cette législation et de faire équiper les remorques existantes dès maintenant, sur base volontaire. Car comme le dit Matthew Avery d'Euro NCAP lui-même : « nous avons investi des décennies dans des voitures toujours plus sûres, mais tout ce génie devient inutile dès qu'il percute une barre de fer obsolète. »

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